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2009 : L’année Calvin

2009 marque le 500me anniversaire de la naissance de Jean CALVIN. Jean CAUVIN (CALVIN vient de la version latine de son nom : CALVINUS) fut un homme hors norme. C'est un des plus grands esprits de son siècle qui pourtant n'en a pas manqué, capable à 27 ans d'écrire une somme théologique qui sert encore de référence aujourd'hui (L'Institution de la Religion Chrétienne). Tous les mouvements issus de la Réforme lui sont redevables.

L'influence de CALVIN dépasse largement le monde théologique. Après de nombreux siècles d'oubli, le monde académique reconnaît enfin tout l'apport du travail du Réformateur pour la structuration de la langue française. Il est de plus en plus considéré comme un auteur majeur de son temps. Et pourtant, en Belgique, l'anniversaire de la naissance de CALVIN sera probablement éclipsé par celui de la naissance de DARWIN (200me anniversaire) ou de la Lettonie (1000 ans), tant le Protestantisme est minoritaire et nos médias peu friands de mettre en évidence quoi que ce soit qui pourrait paraître un peu trop chrétien. Oh, nul doute qu'on nous ressortira un peu de CALVIN mais pour parler de sa légende noire, du procès de SERVET et nous abreuver de demi-vérités, voire de contre-vérités qui ont fait à CALVIN la triste réputation, bien souvent erronée, qui est la sienne. 

Il est surprenant de voir combien même les Réformés ont avalé tout cru et sans discernement la campagne de dénigrement visant CALVIN mise sur pieds par la contre-réforme ! Rien que pour cela, j'ai de la sympathie pour Calvin et envie de le défendre. Ne nous méprenons pas : l'homme qui a marqué Genève de son empreinte n'est pas parfait, loin de là. Il a commis des erreurs, aux conséquences parfois graves, comme nous tous. Mais il nous interpelle également par ce souci constant qui était le sien : comment vivre et incarner les grands principes tirer de la Bible ici et maintenant ? 

Aujourd'hui, redécouvrir CALVIN n'est pas un luxe pour tous ceux qui sont devenus ses héritiers. On ne sait vraiment où l'on va que lorsqu'on sait d'où l'on vient dans le domaine de la pensée. Chaque numéro d'Echos, cette année, tentera donc de vous apporter un  éclairage sur le personnage qu'est Jean CALVIN. Ceux qui veulent aller un peu plus loin peuvent découvrir toutes les productions venues des divers courants protestants sur le site www.calvin09.org.

Calvin et les évangéliques du 21siècle... font-ils deux ?

Par Jacques BLANDENIERné à Vevey en 1939, domicilié à Genève (Suisse) a fait des études dethéologie à Lausanne et Montpellier. Il a été pasteur dans l'Eglise libre française de Berne puis dans l'Eglise Evangélique de Cologny, Genève. Jusqu'en 2004, directeur de la Formation d'adultes dans le cadre des Eglise Evangéliques de Suisse Romande. Il a enseigné l'Histoire de l'Eglise à l'Institut Biblique Emmaüs (St-Légier, Suisse), et l'Histoire des Missions à la Faculté de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine et à l'Institut Biblique de Nogent-sur-Marne. Il continue d'exercer un ministère d'enseignement dans diverses écoles pastorales en Afrique francophone. 

2009 est l'année Calvin. Cinq cents ans après sa naissance, le Réformateur de Genève doit-il être rangé dans la galerie poussiéreuse des ancêtres respectables mais dépassés ? 

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Calvin est victime de nombreuses caricatures... et on pourrait passer beaucoup de temps à leur tordre le cou ! Ce ne serait pas inutile, car elles font de lui un personnage qui rebute plus qu'il n'attire. Elles nous font douter qu'il puisse être "intéressant" pour nous aujourd'hui. Si nous avons de fortes raisons de nous intéresser à Calvin, c'est pour le laisser faire parmi nous, comme il l'a fait en son temps son métier de Réformateur ! Cela ne va pas de soi. Et on peut craindre que l'année Calvin 2009 soit une occasion de récupérer cet homme d'un format exceptionnel, plutôt que de le laisser nous bousculer comme il a bousculé - souvent sans ménagement ! - ses contemporains. Oui, Calvin peut réformer et vivifier notre foi ! Avec quelques rappels ci-dessous, que nous n'ignorons pas, mais qui sont trop souvent mis en sourdine dans notre foi et notre piété... 

A Dieu seul la gloire !
Toute l'architecture de l'enseignement de Calvin est structurée autour du thème de la gloire de Dieu qui est la raison d'être de la vie humaine[1]. Toute l'éthique calviniste[2] est un appel à glorifier Dieu. Sans doute nos cultes accordent-ils une large place à la louange, et louer Dieu, c'est célébrer sa grandeur. Mais peut-être le louons-nous surtout pour le bénéfice que nous obtenons de sa présence et de son œuvre en notre faveur... ce qui n'est pas faux ! Cependant, Calvin nous invite à une démarche plus radicale. Notre vie, notre pensée, nos échelles de valeur et nos décisions doivent être réorientées en fonction de la gloire de Dieu. Car Dieu n'est pas là pour nous, mais nous sommes là pour lui ! Révolution copernicienne, a-t-on pu dire à ce propos. Comme l'astronome a démontré que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre, mais la terre autour du soleil, de même Calvin nous invite à un décentrement : je ne suis pas le centre du monde ! Il faut que nous devenions théocentriques, et non plus anthropocentriques... voire égocentriques ! Et cela aussi bien dans nos raisonnements et notre piété que dans notre comportement quotidien. Parler de la gloire de Dieu, c'est être conscient de sa majesté souveraine. Que Dieu se soit fait humble et serviteur en son Fils, nous le confessons avec Calvin ! Mais une saine compréhension de la doctrine de la Trinité nous évite d'"aplatir" Dieu à notre dimension. L'incarnation et la proximité de Dieu en Jésus n'ôtent rien au fait qu'il est le Dieu suprême, saint et tout-puissant, digne d'inspirer notre crainte. Une notion fort peu à la mode aujourd'hui... et que nous aurions besoin de retrouver ![3]    

Sauvés par la seule grâce
Est-ce un calvinisme austère et écrasant que d'insister sur la gloire de Dieu ? Non, au contraire ! Car cette gloire est liée à la grâce souveraine et pleinement suffisante de Dieu. A l'unisson avec Luther (et l'apôtre Paul), Calvin enseigne la justification par la foi seule, grâce au sacrifice de Jésus-Christ. La grandeur infinie de Dieu se manifeste par son amour infini pour ceux qu'il adécidé de sauver gratuitement. Le Dieu souverain n'est pas Allah ou Zeus tonnant du haut de l'Olympe, mais le Dieu révélé en Jésus-Christ notre Sauveur. Précisément parce que le salut est l'œuvre de Dieu seul, nous n'avons pas besoin de l'aider à nous sauver : toute la gloire lui en revient ! La vision de la gloire de Dieu que nous propose Calvin (et il l'a découverte dans la Bible !) n'est pas écrasante, mais libératrice. C'est lorsque Dieu est reconnu comme Dieu que l'homme peut enfin être reconnu comme humain et retrouver sa dignité. Message libérateur, face à l'anxiété de ne jamais être certain d'avoir accompli les rites et fourni les œuvres nécessaires à l'obtention du pardon divin. Message libérateur, face à toutes les inquiétudes que suscitent les drames et les bouleversements de ce monde. 

Et la prédestination ?
Qu'on souscrive ou non à la doctrine de la prédestination, une évidence s'impose : pour Calvin, l'élection divine ne tue pas la liberté, mais la rend enfin possible ! L'élection est la conséquence logique de la foi en la toute-puissance de Dieu et en la pleine suffisance de sa grâce. Celui qui se sait élu par Dieu sait dès lors que sa vie a une (pré-)destination, une raison d'être, une mission. Elle n'est pas livrée à l'arbitraire d'un clergé ou au hasard d'un destin aveugle. C'est l'inverse du fatalisme ! La grâce, parce qu'elle est donnée par le Dieu souverain, peut faire de nous des hommes et des femmes debout, responsables, entreprenants, inflexibles devant les conditionnements du monde et la pression des pouvoirs. Pensons à la résistance des Huguenots face au pouvoir persécuteur des rois de France : ils savaient leur destinée entre les mains d'un Roi infiniment plus puissant que Louis XIV ! L'histoire démontre que les régions ayant adhéré au calvinisme, loin d'être écrasées par le fatalisme, ont connu un dynamisme économique et culturel mesurable.Nous oscillons trop souvent entre une religion légaliste et un christianisme fade, sans conséquences pratiques. La grâce, telle que la prêche Calvin, n'est pas une prime à la facilité, à la médiocrité, mais une puissance transformatrice. Elle est la réponse à nos incapacités ou à nos efforts illusoires, et rend toute la gloire à Dieu, auteur unique de notre salut. 

L'autorité des Ecritures
Lorsque Calvin s'est établi à Genève en 1536, il n'a pas voulu d'autre titre que celui de "lecteur en la sainte Ecriture". Si l'on pense à l'extraordinaire influence de Calvin dans l'histoire de la civilisation occidentale, il faut se souvenir qu'il n'a jamais eu d'autre pouvoir que celui de la Parole. Homme de la Bible, il l'a prêchée sans relâche : 286 sermons par année, selon son ami Théodore de Bèze ! Calvin a minutieusement étudié l'Ecriture, en appliquant toute son intelligence et sa prière, afin de la comprendre et de l'enseigner avec autorité. Une formation biblique solide des futurs pasteurs était pour lui une priorité dans la perspective de l'implantation et de la croissance d'une Eglise en France. Cette croissance a été impressionnante durant les vingt dernières années de la vie du Réformateur, en dépit de la persécution. On dira peut-être que nos Eglises sont fondées sur la Bible : n'a-t-on pas accusé les évangéliques d'être bibliolâtres ? C'est vrai... ou c'était vrai. Car il est permis de s'interroger sur la profondeur du travail biblique nourrissant nos prédications et sur la fréquence et la fréquentation de nos études bibliques. Mais n'allons pas croire que Calvin nous invite à une étude des textes intellectualiste et desséchante. Chez lui, la rigueur et l'effort d'objectivité dans l'écoute du texte sont motivés uniquement par le souci de laisser toute autorité à la Parole de Dieu, au-dessus de nos tendances et opinions, de nos états d'âme et expériences spirituelles, au-dessus de nos carcans doctrinaux. Et cela, pour que, par le Saint-Esprit, cette Parole porte du fruit dans la vie de l'Eglise et celle des croyants. J'aime particulièrement cette pensée de Calvin qui ne cesse de m'interpeller : "La Parole de Dieu n'est pas pour nous apprendre à babiller, pour nous rendre éloquents et subtils, mais pour réformer notre vie". Sola Gratia, sola Fide, sola Scriptura : la grâce seule, la foi seule, l'Ecriture seule. C'est la trilogie de la doctrine de Calvin. Et cela pour que Soli Deo Gloria : à Dieu seul soit la gloire ! 

La providence, c'est quoi ?
Aujourd'hui, nous ne parlons guère de la Providence divine, et pourtant ! Elle est une conséquence logique de ce qui précède. La Providence, c'est Dieu dans son œuvre générale en faveur de sa création. Calvin sait que Dieu ne s'est pas retiré dans un ciel lointain après avoir créé le monde. Il continue de veiller sur lui avec miséricorde. Cette grâce générale, exprimée en particulier dans l'Alliance avec Noé après le déluge (Genèse 8-9), fonde l'engagement chrétien dans la société. On a parlé parfois de "théocratie" à propos du régime politique de Genève. C'est faux ! Jamais Calvin n'a confondu l'Eglise et l'Etat, le ministère ecclésiastique et le pouvoir politique : son intransigeance sur ce point lui a valu d'être expulsé de Genève pendant trois ans ! Et il n'a jamais exercé de mandat politique[4]. Pour autant, Calvin n'a jamais imaginé que Dieu puisse abandonner la société civile à ses démons, d'où une réflexion exigeante dans les domaines culturel, économique et social qu'il serait trop long d'exposer ici. Calvin nous stimule, comme évangéliques, à ne pas nous replier sur le bien de notre âme et sur l'Au-delà, mais à être des hommes et des femmes responsables et actifs dans une société où règne un matérialisme qui génère tant de pauvreté et d'injustices sociales.

Vivre-Janvier/Février 2009 
et repris par le journal Echos, n° 238 (Eglise Protestante d’Uccle)


[1] Comme le disent les premières lignes du Catéchisme de Calvin (1542) : "Dieu nous a créés et mis au monde pour être glorifié en nous. Il est bien raisonnable que, puisqu'il est l'auteur et le principe de notre vie, nous la rapportions toute à sa gloire."
[2] NDLR : Plusieurs préfèrent aujourd'hui utiliser l'adjectif "calvinien". En effet,"calviniste" est à l'origine un terme péjoratif construit en similitude avec "papiste". 
[3] Non pas au sens de peur, mais de respect, de conscience que nous sommes des humains très petits et très indignes devant Dieu.
[4] NDLR : Il ne recevra d'ailleurs le titre de citoyen de Genève, avec tous les droits que cela comporte, que deux ans avant sa mort.
 
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